La date de la fondation de l'Abbaye
Cistercienne de femmes de BOUCHET est imprécise car les
documents font défaut.
En 1103, BOUCHET qui n'était alors qu'un simple quartier
appartenait à TIBURGE 1ière, Princesse d'Orange.
Lorsqu'en 1146, cette dernière fit son testament, ce
lieu ne figurait pas dans ses donations. Elle devait décéder
en 1152.
C'est en 1184 que, pour la première fois, on mentionne
la Prieure de l'Abbaye, une nommée WILELMY, sur un acte.
Il faut donc admettre en toute logique, que l'Abbaye fut fondée
par TIBURGE 1ière entre 1103 et 1146. Cela semble d'ailleurs
s'accorder avec les caractères architectoniques des grandes
salles et surtout des voûtes en arc brisé qui nous
sont restés, assez représentatives du XIIe siècle,
l'Abbaye existe, rattachée à CITEAUX.
Cette Abbaye devient tout de suite très importante. Le
Père Bertrand de Garrigues, religieux de l'Ordre des
Frères Prêcheurs, et premier Provincial de Provence,
compagnon de Saint Dominique, séjourna au couvent où
il avait été appelé pour parfaire l'éducation
des moniales. Il y mourut le 18 Avril 1320. Au XVIIIe siècle,
sa statue placée dans l'église, était encore
l'objet de la vénération des fidèles qui
en avaient fait un Saint !
En 1239, les religieuses sont au nombre de seize et en 1250,
on en compte vingt six, c'est donc une communauté importante
qui vit à BOUCHET.
La famille des Baux s'y intéresse : Raymond des Baux
1er, Prince d'Orange lui fit don en 1281 de cent livres viennoise,
mais déjà en 1270, l'Abbaye avait reçu
une somme identique de l'épouse du Comte de Poitiers
au moment où le couple s'embarqua pour aller rejoindre
Saint Louis au départ de la Croisade qui devait voir
celui-ci mourir. À l'écart des grandes
routes. BOUCHET pouvait se croire à l'abri de toute incursion
néfaste. C'est ainsi que le monastère ouvrait
directement sur la campagne sans la moindre fortification ni
même un simple mur. Hélas en 1375 il est envahi
par une bande de pillards, sans doute sur les ordres du Vicomte
de Turenne, apportant ainsi la désolation en ce lieu
réservé à la méditation.
L'abbesse et les vingt et une moniales étaient allées
se réfugier chez des parents ou des amis. À leur
retour, ne trouvant que ruines et destructions, elles s'installèrent
à VISAN : BOUCHET est pratiquement abandonné.
En 1413, par un décret du Chapitre Général
de CITEAUX, l'Abbaye est incorporée à Aiguebelle,
mais n'est plus utilisée comme telle. Son domaine est
alors remis aux soins d'un fermier qui le cultive. Néanmoins,
par des actes ultérieurs, l'on prit des réserves,
en particulier celle obligeant les rentiers d'entretenir le
dortoir en vue d'une éventuelle occupation des religieux.
Ce lieu important ne tarde pas à être convoité
par le Légat du Pape, Julien de la Rovère, qui
projette d'en faire don au Collège Saint Pierre es lien
d'Avignon. Malgré une lutte acharnée, l'Abbé
d'Aiguebelle en fut pour ses frais : BOUCHET et son domaine
passèrent dans les biens de la Révérende
Chambre Apostolique en 1480. Il ne resta plus au Pape Sixte
IV qu'à en affecter les revenus au Collège Saint
Pierre ou Collège du Roure, fondé en 1476 par
Julien de la Rovère, le futur Pape Jules II.
Dès lors, l'histoire de l'Abbaye de BOUCHET entre pour
ainsi dire dans l'anonymat, sauf durant les guerres de religion
où en 1574 les Protestants venus de Nyons la mirent à
sac.
Saisi comme bien national le "Collège" comme on le désignait
encore il y a une cinquantaine d'années, subit différentes
affectations, en autre en tant qu'usine de soie, celle-ci ayant
périclité avec la crise du textile.
C'est en 1972 que le Cellier des Dauphins en fit l'acquisition
pour restaurer l'édifice afin d'y aménager une
Cave de Vieillissement pour ses vins fins et d'y organiser des
festivités à caractère nologique
et, culturelles respectivement dans l'ancien réfectoire
et dans ce qui fut le dortoir, deux salles dotées de
magnifiques voûtes séculaires.
Depuis juin 2005, elle fait à nouveau partie du patrimoine
communal. |